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À Bruxelles, la pauvreté chassée plutôt que prise en charge : violences policières et politiques d’exclusion au cœur de la crise du sans-abrisme

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À Bruxelles, la pauvreté chassée plutôt que prise en charge : violences policières et politiques d’exclusion au cœur de la crise du sans-abrisme

Un article publié par Apache met en lumière une situa­tion alar­mante à Bruxelles : les per­sonnes sans-abri y subissent non seule­ment un manque criant de solu­tions d’hébergement, mais éga­le­ment des vio­lences poli­cières sys­té­ma­tiques, encou­ra­gées par une poli­tique déli­bé­ré­ment dis­sua­sive menée tant au niveau fédé­ral que local. Der­rière les façades vitrées et les rues illu­mi­nées du quar­tier Nord, des dizaines de per­sonnes dorment dans la rue, expo­sées au froid, à la peur et à des inter­ven­tions poli­cières mus­clées. Des témoi­gnages de ter­rain, notam­ment d’équipes de Méde­cins Sans Fron­tières et du Huma­ni­taire Hub, révèlent que les forces de l’ordre lacèrent les tentes, jettent les effets per­son­nels dans des camions à ordures et orga­nisent des éva­cua­tions en pleine nuit, sous la pluie et dans le froid. Ces pra­tiques dis­suadent les per­sonnes de reve­nir vers les struc­tures d’aide, aggra­vant leur iso­le­ment. Selon les asso­cia­tions comme Bel­Re­fu­gees, il devient même néces­saire de cacher les tentes le matin pour évi­ter leur des­truc­tion. Cette pres­sion per­ma­nente a des consé­quences directes sur la san­té men­tale et phy­sique des per­sonnes concer­nées. L’article dénonce aus­si des pra­tiques humi­liantes et trau­ma­ti­santes, comme les fouilles à nu injus­ti­fiées, ou la déten­tion dans des condi­tions inhu­maines. Bien que ces méthodes aient déjà été docu­men­tées par des rap­ports anté­rieurs, aucun sui­vi rigou­reux n’est assu­ré, et les témoi­gnages récents indiquent que ces abus se pour­suivent, de manière moins visible. L’évacuation de bâti­ments occu­pés se fait éga­le­ment dans la vio­lence, y com­pris lorsque des familles ou des per­sonnes âgées sont concer­nées. Des bles­sures graves, cau­sées notam­ment par l’usage de gaz lacry­mo­gène, ont été recen­sées, et cer­taines inter­ven­tions incluaient même le per­ce­ment de toits pour rendre les lieux inha­bi­tables. Les auto­ri­tés jus­ti­fient ces actions en invo­quant la léga­li­té et la pro­por­tion­na­li­té, mais des enre­gis­tre­ments récents montrent que la prio­ri­té semble être de faire dis­pa­raître les tentes visibles plu­tôt que d’apporter des réponses struc­tu­relles. Le bourg­mestre Phi­lippe Close, en poste depuis 2017, est notam­ment accu­sé de vou­loir rendre la pau­vre­té invi­sible, sans offrir d’alternatives concrètes.

À cela s’ajoute une poli­tique fédé­rale de plus en plus res­tric­tive, avec la sup­pres­sion du plan hiver et la réduc­tion dras­tique du bud­get d’accueil pour les deman­deurs d’asile, qui devrait pas­ser de 826 mil­lions à 138 mil­lions d’euros d’ici 2029. Le nombre de per­sonnes sans-abri à Bruxelles a aug­men­té de 24,5 % entre 2022 et 2024, attei­gnant près de 10 000 per­sonnes. Le gou­ver­ne­ment défend sa poli­tique de dis­sua­sion, mal­gré plus de 10 000 condam­na­tions pour non-res­pect du droit à l’accueil, refu­sant de payer les amendes impo­sées par les tri­bu­naux et même par la Cour euro­péenne des droits de l’homme. Les asso­cia­tions dénoncent une poli­tique qui pousse volon­tai­re­ment des per­sonnes dans l’espace public, sans accès aux soins, à la pro­tec­tion ou à une solu­tion durable. Enfin, la ques­tion du trai­te­ment des plaintes pour vio­lences poli­cières reste opaque. Il existe des méca­nismes pour por­ter plainte, mais les vic­times n’y ont pas faci­le­ment accès, sur­tout lorsqu’elles n’ont pas de sta­tut légal. Les chiffres sur les plaintes res­tent flous, et la for­ma­tion des poli­ciers est jugée insuf­fi­sante par les cher­cheurs, qui appellent à des chan­ge­ments struc­tu­rels et à une culture poli­cière plus res­pec­tueuse des droits fon­da­men­taux. Ce por­trait de la ges­tion du sans-abrisme à Bruxelles révèle une poli­tique où la visi­bi­li­té de la misère est deve­nue plus pro­blé­ma­tique que la misère elle-même.