Politique de non-accueil : des personnes laissées de côté dans une crise documentée
Politique de non-accueil : des personnes laissées de côté dans une crise documentée
Depuis plusieurs années, la crise de l’accueil s’enlise et empire. Des personnes sont laissées sans hébergement, sans accès à leurs droits, sans solution. Vluchtelingenwerk Vlaanderen, le CIRÉ, le Hub Humanitaire, Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières, Caritas International et nous, BelRefugees, avons publié un dashboard commun pour en mesurer l’ampleur. Ce qui est documenté est absolument préoccupant, mais pas surprenant car nous le constatons sur le terrain depuis des années.
Ce qui a changé depuis l’été 2025, c’est l’étendue du problème. Pendant longtemps, la crise de l’accueil touchait principalement des hommes seuls. Aujourd’hui, des femmes et des familles avec enfants se retrouvent elles aussi sans solution d’hébergement.
Depuis août, près de 400 familles (environ 1.500 personnes) ont été refusées par les dispositifs d’urgence. Dans le même temps, jusqu’à 75 % des demandes d’hébergement pour les familles restent sans réponse.
Les distributions alimentaires explosent : 135.000 repas ont été distribués en six mois, soit plus de 800 par jour, tandis que l’accès aux soins se réduit. Des personnes commencent leur parcours en Belgique sans logement stable, dépendantes de dispositifs d’urgence qui atteignent, eux aussi, leurs limites. Aujourd’hui encore, près de 1.800 personnes sont en attente d’une place d’accueil, parfois pendant plusieurs semaines.
Pour les équipes et les bénévoles, cette réalité est quotidienne : accompagner sans pouvoir orienter vers une solution durable, gérer des situations de plus en plus complexes, répondre à une demande que les capacités existantes ne couvrent plus. Un système qui tient de plus en plus grâce à des acteur·rices de terrain déjà fortement mobilisé·es.
Le rapport soulève aussi un enjeu structurel qu’on ne peut pas ignorer : plus de 16.000 décisions de justice ordonnant l’accueil de personnes ne sont pas suivies d’effet. La tension entre décisions politiques et cadre légal est devenue lisible, chiffrée, documentée. Cela pose une question directe : quelles garanties collectives sommes-nous encore prêt·es à défendre ?
Ce dashboard de 16 pages (chronologie des décisions, chiffres clés, impacts sur l’hébergement, la santé et l’accès aux droits) n’est pas un énième rapport d’alerte. C’est un outil : pour comprendre, pour débattre.
L’écart entre les besoins et les réponses disponibles se creuse. Ce rapport le montre avec précision. La question qu’il pose, en creux, reste entière : quelle place faisons-nous à l’accueil dans notre société ?